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Sauver le patrimoine musical nanar : Omega Productions Records

By   /   20 septembre 2017  /   2 Comments

Depuis quelques temps un label musical commence à faire parler de lui dans le petit milieu des amateurs de cinéma bis et nanarophile : Omega Productions Records. Sa spécialité ? Rééditer en tirage limité les bandes originales de quelques productions horrifiques françaises parmi les plus obscures et les plus incroyables. De celles dont nous faisons notre miel tout au long des colonnes de notre site.

Leur première arrivage nous avait laissé médusés : rien moins que la musique composée par Daniel White pour la mythique production Eurociné Le lac des Morts Vivants de Jean Rollin.

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Une édition limitée particulièrement soignée, disponible en CD mais aussi en vinyle pour les puristes, comprenant 22 titres. Accompagné d’un livret et même d’un badge collector, bénéficiant d’un excellent travail de production, ce disque permet de réévaluer le travail de Daniel White, compositeur parisien dont les origines seraient espagnoles ou écossaises (selon des sources parfois contradictoires) particulièrement prolifique qui, depuis les années 50, n’a cessé de travailler pour la télévision ou le cinéma. Et même s’il fut souvent décrit comme un habile faiseur, capable de livrer rapidement de la musique au mètre pour tous les producteurs les plus fauchés de la place de Paris, force est de constater que dans son genre, il nous offre plusieurs compositions assez agréables et qui restent dans l’oreille.

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Un magnifique travail de réédition fait par de véritables passionnés. Aussi, en apprenant qu’il ne s’agissait que du premier opus d’une collection appelée à s’enrichir de quelques-unes des œuvres les plus emblématiques répertoriées sur notre site, nous ne pouvions que nous enthousiasmer pour le projet.

Nous avons donc demandé à l’un des fondateurs du label, Lucas Giorgini, de nous présenter ce travail.

Pouvez-vous nous présenter Omega Records Production ?

Nous sommes une petit équipe de cinéphiles et musiciens avant tout, avec entre autres, Grégory Lê en illustrateur CD (ayant travaillé avec Metaluna Prod, ou Bustillo-Maury), Romain Christmann pour les copies 35mm et les conseils (responsable des Nuits bis de la Scala de Thionville, spécialiste mondial et reconnu de Jaws 3D, leader du groupe Néophyte), Florian Schall pour les conseils et les sous-licences chez Specific Bis (label s’occupant de nos éditions vinyles – Florian étant disquaire à La Face Cachée de Metz, label manager de Specific Recording, et cinéphile), et moi-même, comme gérant de The Omega Productions, responsable des droits, de la production, des choix éditoriaux et de la com.

Nous avons édité après un long travail historique et de recherches, la partition intégrale du « Lac Des Morts Vivants » de Daniel J. White, restée longtemps inédite à ce jour. Le CD est actuellement à la vente, quasiment sold-out (quelques copies restantes) et nous débutons les précommandes pour les deux versions vinyles.

Chacune de nos éditions sont limitées à 500 exemplaires, livret de 12 à 16 pages. Nous procédons à deux versions vinyles (même tracklist), une version moderne pour le nouveau public de collectionneurs (et la distribution), et vintage, à un prix moindre et réservée seulement à la vente directe sur notre site.

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Vous avez d’autres sorties en préparation ?

Cette édition marque les débuts professionnels et commerciaux de notre label, et surtout le lancement de notre collection « Horreur à la française« . Nos prochaines éditions – actuellement en cours – seront La Revanche Des Mortes Vivantes et Devil Story.

Nous procédons toujours de manière officielle, en collaboration étroite avec Eurociné, mais également Christian Bonneau (La Revanche Des Morts Vivantes) et Bernard Launois (Devil Story – que l’on ne présente plus après votre superbe édition).

Comment est née l’idée de rééditer les bandes originales de films aussi rares et méconnus du grand public ?

Tout ceci a débuté en 2015, alors que je devais avoir 18 ou 19 ans. Collectionneur de bandes-originales de films de genre, je compte environ 500 disques vinyles dans ma collection – uniquement B et Z. Si je reste plus largement musicien que cinéphile, je n’écoute aujourd’hui plus que des OST au quotidien. Le projet est né suite à deux choses : une grande frustration de ne pas pouvoir écouter et collectionner l’objet de ces films bis dans de bonnes conditions, et d’une autre part, suite à la projection 35mm de « Devil Story » au cinéma La Scala en 2017. Un « tilt » a éclaté alors, comme un devoir à accomplir pour le bien de l’humanité (rires).

J’ai bien avant démarré The Omega Productions (le « Records » est venu ensuite) avec le lancement de « A Murder Collection » vers la fin 2015, mon premier album studio personnel – hommage à la culture horrifique et électronique des années 1980. Cela m’a permis de davantage développer et constituer les bases d’un label solide, plus que de me lancer dans la scène électronique. Un brouillon, « projet 0 » si l’on veut. Après le succès de l’album (succès modeste avec 500 copies écoulées certes, mais assez pour anticiper la suite des événements), et suite à la projection de Devil Story, je me suis demandé : « Si personne ne se décide à éditer ces partitions, pourquoi ne pas le faire ? ».

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Il est compréhensible que les labels plus bankables ne veuillent pas prendre le risque d’avoir de telles choses dans leurs discographies. Comme le terrain était donc vierge (seul Finders Keepers Records a tenté l’aventure brièvement avec Rollin), nous avons décider de le coloniser (modestement) avec notre collection « Horreur à la française » (tel un plat d’une carte d’un resto chic parisien – nom que l’on peut comprendre sous deux sens ironiques).

Je dis « nous » car au début de l’aventure du « Lac Des Morts Vivants« , j’étais seul sur le projet, puis un ami de longue date et également disquaire à la Face Cachée de Metz, musicien, cinéphile, et label manager m’a demandé si une collaboration m’intéressait : Florian Schall. Et de cette proposition, est né Specific Bis, qui s’occupe aujourd’hui de la création vinyle, et moi-même avec The Omega Productions Records, les CD. Nous travaillons main dans la main, mais nous divisions les tâches afin de fournir un travail plus précis, et un calendrier plus fourni. Florian et sa compagne (Jennie Zakrzewski, qui est également graphiste) s’occupent du pressage des deux versions vinyles, et de la distribution, tandis que je m’occupe de choisir les prochains titres, négocier les droits, et superviser le tout. Nous pressons en Pologne et Hollande (les mêmes presses vinyles utilisées pour le Dark Side des Floyd). Tout est professionnel et surtout officiel de A à Z. C’est important de le préciser, car parfois…

Il faut bien dire que le marché de la B.O a été totalement chamboulé en 2012, avec la sortie de Zombi 2 par Death Waltz. Depuis, plus rien n’a été pareil. Les sorties et labels se sont succédées : Mondo, Waxwork Records, One Way Static, Lunaris Records, Sub OST, Dagored a fait sa résurrection, et j’en passe tellement il y en a. Le soucis est que le marché est devenu un marché de geeks et nerds lâchant 60 billets pour des pressages merdiques, disant amen à tout, et se faisant avoir comme des bleus. Si tout n’est pas aussi sombre bien évidemment, il n’en reste pas moins que le vinyle d’OST est devenu un marché de luxe, où tout le monde se copie ouvertement, parfois avec réussite, d’autre fois se casse la gueule. Nous avons décidé de nous engouffrer dans un marché que seul les Français se devaient de faire (Eurociné), et à des prix très compétitifs (3 fois mois chers qu’un Mondo ou Death Waltz par distribution). Simplement parce que nous avons décidé de prendre moins de marge sur chaque sortie, et de populariser tous ces objets. Même s’il faut bien dire que le prix d’une licence pour Evil Dead n’est pas la même que Terreur Cannibale. Nous préférons prendre parfois exemple sur des labels indépendants comme Italians Do It Better, ou Finders Keepers.

Notre équipe est complétée par Julien Louvet (également disquaire à la Face Cachée à Metz) pour les mixages, restaurations audio et mastering, Grégory Lê pour certains visuels CD et John Bender pour les liner notes de nos prochaines éditions. Au final, c’est une équipe quasi-familiale et régionale, où chacun possède ses spécificités professionnelles et talents. Christophe Bier intervient parfois en notre nom sur France Inter. Un amour cet homme, et quelle culture ! Pour ma part, un véritable maître.

A-t-il été difficile de retrouver les ayants droits de ces partitions ? Et d’obtenir d’eux la possibilité d’éditer ces C.D. ?

La chasse aux ayants-droits est tout autant délicate qu’excitante. Pour une bande-originale, les droits se divisent grosso-modo en deux parties : l’image et le son. Le son se négocie avec la SACEM dans tous les cas et le compositeur si celui-ci est encore en vie, tandis que l’utilisation du nom du film et du droit à l’image se fait avec les producteurs. Dans le cas du Lac, nous n’avons eu aucun soucis à remonter à la source de Daniel Lesoeur, actuel propriétaire d’Eurociné et des droits, succédant à Marius décédé il y a peu. Nous avons donc négocié les droits directement avec lui, à la fois avec le son et l’image. Daniel White étant décédé, nous avons donc rémunéré les droits à la SACEM..

Avec La Revanche et Devil Story, tous étaient surtout très enthousiastes de voir resurgir après des dizaines d’années, un intérêt culturel et commercial de leurs travaux. Nous allons collaborer avec Eurociné pendant un moment, tant le catalogue est vaste. Le seul vrai souci s’avère surtout le matériel audio. Si pour nos Vol. II et III, nous avons des masters neufs issus des bandes 6,25 d’époque, le « Lac » nous a posé problème. En effet, il n’existe à l’heure actuelle, aucune copie master officielle des partitions de White pour Eurociné. Les raisons sont multiples : White composait au Km sur un magnétophone personnel, et seules les partitions éditées chez Montparnasse 2000 ont survécu. De ce fait, nous avons dû reconstituer un puzzle et prendre les morceaux inédits directement à la source, sur une copie 35mm en version internationale sans les dialogues, mais contenant quelques effets sonores (Dieu merci, Eurociné n’est pas reconnu pour son important sound design). Les autres morceaux provenant des musiques de librairies de White ont été achetées à la SACEM sous licence d’Eurociné. On peut ainsi avoir aujourd’hui la quasi-totalité des musiques du film sur support officiel.

Après un important travail de restauration de chaque piste, nous avons décidé d’inclure quatre pistes clin d’oeil. Deux citations célèbres, et les fameuses trois notes de l’oiseau casse-bonbon (oui, il faut le dire) – unique effet de forêt sur l’ensemble des films d’Eurociné. Par la suite, nous procéderons de la même sorte si aucun master n’est disponible, et le résultat s’avère à la hauteur, et tout aussi efficace. C’est cela, ou perdre à jamais ces inédits. Nous savons certains labels frileux vis à vis de ce procédé, mais nous prenons le risque, et sommes transparent sur la démarche. Après tout, l’ensemble est respecté (tonalité d’origine, morceaux complets, son quasi-parfait). Un grand merci à notre ami et ingénieur-son Julien Louvet qui s’occupe du mastering de nos sorties

Comment ces musiciens considèrent-ils leurs œuvres avec plus de 30 ans de recul ?

Tous sont très contents de l’intérêt qu’on leur témoigne, car le marché est difficile, les années n’ont pas été très positives pour leur bilan et leur image. Car si l’on avait « peur » de ces films à l’époque, aujourd’hui, on en rigole allègrement. C’est une nouvelle forme de culte qui se mêle à tout cela, mais le final reste le même : on en reparle, on les édite.

Vous vous tournez beaucoup vers le marché Nord-Américain. Il y aurait donc un marché spécifique pour ces ressorties très pointues ?

Nous sommes également étonnés du fort intérêt de l’étranger pour ces films et partitions. Nous vendons énormément aux U.S, U.K et Allemagne. Des pays où la culture de genre est largement présente, bien plus qu’en France (il suffit de voir les éditions DVD américaines et allemandes de notre patrimoine pour comprendre le souci généralisé).

Malgré nos partenaires et nos distributeurs reconnus (Light In The Attic pour le marché nord-américain et L’Autre Distribution en France), nous avons quelques difficultés pour toucher le public français (étonnement ou non). Paradoxalement, les Français consomment moins nos partitions, ce qui nous déçoit un peu car c’est bien pour rendre hommage à cette culture musicale bis que nous avons entrepris ce long voyage. Nous attendons que les années passent et jouent en notre faveur pour davantage inciter le public bis français à nous soutenir.

Quels sont vos projets à long terme avec ce label ?

Nous avons énormément de titres en tête, rien que dans notre collection « Horreur à la française« . Nous espérons que ces titres seront encore disponibles d’ici quelques temps (la concurrence est rude, il faut bien le dire). Nous avons bloqué les droits pour l’ensemble du catalogue d’Eurociné, mais nous visons Les Prédateurs de la Nuit, Les Raisins de la Mort, et beaucoup d’autres pépites. Nous nous tournerons bientôt vers les films plus récents, avec Haute Tension que nous rêverions d’avoir dans notre catalogue. Par la suite, j’aimerai lancer en parallèle une collection sur les partitions érotiques (porno) françaises. De toute manière, qui d’autre prendrait un tel risque ?

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Votre équipe est très impliquée dans la culture bis (notamment avec les soirées bis à la Scala de Thionville), pouvez-vous nous en dire plus sur ces activités ?

Nous sommes régulièrement en contact avec notre ami (ami très cher et mentor pour ma part) Romain Christmann, projectionniste et programmateur des Nuits Bis De La Scala à Thionville. Ces soirées existent depuis 5 ans, et nous avons un fort noyau dur de bisseux qui n’hésitent pas à braver le froid pour assister une fois par mois (le dernier vendredi de chaque mois) à des soirées double-programme totalement folles en 35mm / DCP. Nous avons eu des intervenants de qualité comme Joe Alves ou Julien Maury par exemple. Je ne suis que spectateur à ces soirées (qui m’ont initié, je devais avoir 16 ans à la première), mais nous allons – Specific & Omega – contribuer à faire venir Pierre Reinhard et Christian Bonneau par exemple. Une soirée hommage est en préparation. Sinon, j’ai personnellement contribué à plusieurs Fanzines dont Médusa ou Vidéotospie pour des articles sur les partitions bis, et écrit un manuscrit sur un potentiel livre biographique d’Edwige Fenech – qui ne verra sûrement jamais le jour, mais qu’importe…

Quels sont aussi vos projets plus personnels, dans la musique ou dans les arts graphiques (tant qu’à faire, autant aussi parler de vos autres activités) ?

Concernant nos activités autres, Florian Schall poursuit divers projets musicaux comme Loth (Black métal) ou encore Specific Recording – label spécialisé en jap-pop. Pour ma part, j’ai réduit toute activité de composition pour me consacrer à 100% dans nos sorties (je ne fais plus que de la collectionnite en ce moment). Et la rentrée approchant, je n’aurai guère plus de temps pour me partager entre des études barbantes et d’autres choses. Ma vie privée s’élargissant, je me dois également d’entreprendre de prendre une indépendance et devenir – enfin – adulte. Mais qui l’est vraiment de toute façon ?

 

 

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Vous pouvez commander ces disques sur le site d’Omega Production Records

Ils seront aussi présents lors de la Nuit Nanarland au Grand Rex le 23 pour présenter leur projet au public…

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2 Comments

  1. RedGuff dit :

    « Nous allons collaborer » : !
    Merci.

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